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Art ancien

L'avantage d'être riche et puissant, c'est qu'on peut s'offrir de somptueuses résidences.

L'inconvénient avec toutes ses résidences, c'est qu'on ne sait plus jamais où on est chez soi.

En ouvrant les yeux, il s'était demandé où il était. Le marbre et les colonnes lui étaient familier mais il n'avait pas souvenir d'être jamais venu ici. Il avait assez de résidence pour en changer chaque jour et il ne pouvait se souvenir de toutes. Une chose était sûre, il connaissait la plupart des objets et des éléments du mobilier. Tout était soigneusement arrangé autour de lui. Il devrait songer à faire récompenser son intendant pour cet excellent travail. Les bons intendants se faisaient rares. Chaque élément du décor était proprement étiqueté, chose un peu bizarre. A quoi bon lui rappeler qu'il était propriétaire de ces objets? Ou que cet oeuvre d'art lui avait été offerte par un monarque voisin? Et ce vase, était-il vraiment indispensable de préciser qu'il lui venait de sa mère?

Le plus incongru était cette petite étiquette lui rappelant que le tableau le représentait lui. Craignait-on qu'il soit sénile? De l'autre côté de l'arche, son épouse était représentée, superbe. Presque aussi belle qu'en chair et en os. L'artiste avait réalisé un travail remarquable. Son épouse le regardait amoureusement depuis ce tableau et il aurait presque juré que le chat qu'elle portait sur les genoux allait descendre le rejoindre. Bien entendu, l'intendant avait déposé à ses côtés un petit carton pour rappeler aux distraits l'identité de la belle.

Il s'était réveillé en plein nuit, la lune masquée par les nuages ne laisse passer que peu de lumière. Il se met en quête d'un serviteur pour éclairer les couloirs de ce vaste palais afin d'en admirer la splendeur. Cet endroit est si magnifique, il y résidera au moins deux ou trois semaines avant de s'en lasser.

La décoration est décidément splendide. Encore une fois, il songe avec admiration à la qualité de son intendant.

Il se met en quête de celui-ci pour lui dire au plus vite combien il aime l'agencement de cette demeure. Une minuscule silhouette lui apparaît un instant entre deux colonnes immenses. Il presse le pas pour le rejoindre. Petit, voûté, grisonnant, vêtu d'un long vêtement gris qui convient à sa condition, ce doit être lui. Il l'appelle doucement mais la démarche tremblante de l'intendant n'en est pas troublée. Il hausse quelque peu le ton, sans plus de résultat. Peu habitué à devoir insister pour être obéi, il répète son appel, du ton qu'il use pour commander à ses hommes, un ton impérieux, forçant le respect. Sa voix tonne dans les vastes couloirs, rebondit avec fracas contre les colonnes. Le son est puissant et grave. L'intendant frissonne. Il se retourne vers son maître et le regarde terrifié. Il bégaie un instant, ses yeux reflète une immense terreur. Alors qu'il semblait pétrifié la seconde précédente, il se met à présent à courir dans les couloirs en hurlant.

Son maître le regarde étonné. Il a l'habitude d'inspirer la crainte et la terreur chez ses sujets mais il n'avait jamais assisté à pareille démonstration. La réaction inhabituelle de l'intendant le laisse perplexe. Il s'approche d'un miroir. Ce qu'il voit lui fait un choc terrible. Comment cet animal stupide a-t-il pu oser? Il s'approche pour vérifier ce qu'il a cru voir.

Sur sa poitrine, soigneusement épinglée, une petite étiquette. D'un geste rageur, il l'arrache et la regarde incrédule.
 

Momie de la reine Nefertari, favorite de Ramsès II (XIXème dynastie)
Musée du Louvre
Département d'Egypte ancienne


Comment avait-il pu le confondre, lui, Ramsès II, avec sa bien aimée?